La Lettre de Galilée

Sacrifices, sacrilèges et sacri… pants
La Lettre de Galilée n° 199

 

La vague de repentance moralisatrice couvrant la une de la plupart des journaux de cette semaine sur la perte du triple A français, du Point en passant par Le Monde et Le Nouvel Obs, prépare l’opinion à rentrer dans une phase sacrificielle. Sauf Mélenchon peut-être, avec la gouaille de Georges Marchais, le talent en plus, qui récuse toute réalité de débordement budgétaire, chacun savait que notre pays, et en particulier notre système de protection sociale, vivait depuis des lustres au-dessus de ses moyens. Attali –et d’autres– l’avait prédit, mais personne ne l’avait écouté. Et son rapport iconoclaste de janvier 2008, dont les propositions d’utiliser la santé comme stimulateur de la croissance avaient trouvé écho dans notre Lettre de janvier 2008, était retombé, avec les autres, dans les profondeurs de l’oubli.

Alors voilà maintenant que tout le monde s’agite sur la nécessité de faire des économies substantielles sur le train de vie de l’Etat-providence.
Le rapport sur le système des allocations familiales, demandé par Sarkozy et prêt depuis 2009, de Yves Bur, membre UMP de la commission sociale de l’assemblée nationale, dans lequel l’argumentation destinée à diminuer les cotisations patronales prend du poids, vient opportunément apporter de l’eau au moulin à la TVA sociale, promise par le gouvernement le mois prochain.
Le sénat, lui aussi, vient d’auditionner la Cour des Comptes dans le cadre désormais rôdé de la MECSS dont le compte rendu, déniché par Gérard Bieth dans Annuaire-Sécu ne manque pas de surprendre.
Car on y apprend que l’assurance maladie paie une multitude de charges indues que la Cour des comptes, emmenée par le président de la 6ème chambre, Antoine Durrleman (chef du quarteron de hauts fonctionnaires qui ont préparé en douce le plan Juppé pendant l’été 1995)  appelle pudiquement « dépenses de l'assurance maladie hors prise en charge des soins »… et qui ne sont pas non plus des dépenses de gestion administrative. Pas moins de 21 milliards –la belle affaire ! 13% du budget des dépenses de l’assurance maladie–  dont 18 correspondent à des transferts vers d’autres régimes de sécu (la caisse nationale de solidarité pour l’autonomie, les autres régimes d’assurance maladie au titre de la « compensation démographique » inventée par Giscard en 1974 et … les cotisations des médecins conventionnés).
On y trouve aussi, pêle-mêle, quelques dépenses sacrilèges consacrées à « quelque 26 fonds et entités diverses », dont, pour ne donner que deux exemples, le financement du centre national de gestion des praticiens hospitaliers et des personnels de direction de la fonction publique hospitalière (le CNG, qui relève normalement du ministère) ou encore du comité de gestion des œuvres sociales des établissements hospitaliers (le CGOS, sorte de méga comité d’entreprise des hôpitaux publics présidé par Liliane Lenhardt, représentante de la FHF ).
21 milliards donc, même si, après prise en compte savante de diverses recettes, la facture nette se limite à 8,3 milliards.
Vous n’êtes pas au bout de votre étonnement en parcourant une autre audition de la Cour des comptes –décidément source inépuisable d’informations sur l’utilisation de nos deniers publics– réalisée à la demande cette fois de la commission des finances du Sénat réunie la semaine dernière et que rapporte Les Echos de vendredi. Selon la Cour, le patrimoine immobilier des hôpitaux publics, dont la valeur totale pourrait « s’inscrire dans une fourchette très large allant de 1 à 11 milliards », est mal géré. On y découvre entre autres que les hôpitaux publics de Paris, après avoir vendu le théâtre Mogador, sont encore propriétaires du Théâtre des Folies Bergères et que ladite AP-HP possède plus de 11 000 logements de fonction dont un tiers des occupants (qui bénéficient de loyers dérisoires)… ne sont pas du personnel hospitalier.
Juppé en 1996 s’était attaqué au patrimoine du régime général de l’assurance maladie, propriétaire à l’époque de cossus immeubles dans les quartiers chics de Paris abritant, pour un loyer d’HLM, quelques hauts personnages de l’Etat et de la fonction publique. Mais « monsieur propre » n’était pas allé plus loin ; il faudra attendre 2009 pour qu’un régime spécial, comme celui des mines, pourtant largement perfusé par le régime général, entame son colossal patrimoine immobilier.

Dans ce festival des petits arrangements budgétaires et des situations acquises, se dessine une hiérarchie du sacrilège public. Après tout, se disent les uns, pas de quoi fouetter un chat quand les autres sont des fripouilles.

Car lorsque l’on regarde la situation des 5 500 collectivités locales victimes (avec quelques hôpitaux aussi) de l’impéritie de Dexia et de son patron, Pierre Richard, non pas le grand blond à la chaussure noire mais l’ingénieur mégalo qui rêvait d’être un grand banquier et qui touche une retraite chapeau de 600 000 euros par an (selon Le Point de la semaine dernière), les gouapes de la puissance publique sont des bien petits sacripants.

 

Vous êtes ici : Accueil
Réalisation : Agence Web Hétéroclite